Un archipel qui construit son écosystème, brique par brique
L'Union des Comores n'a pas la taille des grands hubs technologiques de la région. Pourtant, en moins d'une décennie, un archipel de moins d'un million d'habitants a vu émerger les premiers réflexes d'un écosystème entrepreneurial structuré : incubateurs, agences publiques, espaces de coworking, programmes de coopération internationale.
L'ambition affichée est claire — devenir une économie émergente à l'horizon 2030, en partie en transformant des idées en entreprises viables. Où en est-on aujourd'hui ?
Un socle institutionnel qui se structure
Le paysage de l'appui à l'entrepreneuriat comorien s'est construit progressivement, avec des jalons de plus en plus solides.
2008 — Création de l'ANPI (Agence Nationale pour la Promotion des Investissements), guichet unique pour la création d'entreprise et l'accompagnement des investisseurs
2016 — Lancement du premier incubateur d'entreprises du pays par l'UCCIA, avec l'ambition de faire émerger des projets innovants alignés sur la vision d'un pays émergent
2018 — Ouverture de Comorlab à Moroni, espace de coworking devenu un point de repère pour les jeunes porteurs de projets dans les TIC, ouvert aux entrepreneurs des trois îles et à la diaspora
2019 — Institution de l'ANADEN (Agence Nationale de Développement du Numérique), porteuse de la stratégie Comores Numérique 2028 et mandatée pour organiser des activités incitant à l'innovation et à l'entrepreneuriat numérique
À ces structures nationales s'ajoutent des programmes de coopération internationale d'envergure. Le programme APILE-Comores, financé par l'Union européenne et mis en œuvre par l'ONUDI, renforce les capacités des TPE/PME innovantes dans l'agroalimentaire, la cosmétique et le BTP. L'Agence Française de Développement, de son côté, a reconduit sa Facilité Emploi et soutenu des centaines d'activités économiques via les incubateurs et associations locales présents sur les trois îles.
Les défis qui freinent encore le décollage
Malgré ces avancées, l'écosystème comorien reste confronté à des obstacles structurels bien identifiés.
La connectivité
L'insularité et la dispersion géographique de l'archipel ont longtemps limité l'accès à Internet : la pénétration ne dépassait pas 8,5 % de la population en 2023, contre une moyenne africaine largement supérieure à 40 %. Le câble sous-marin EASSy a marqué un premier pas en 2010, et l'arrivée de solutions satellitaires comme Starlink ouvre une perspective de rattrapage — mais le fossé numérique demeure une contrainte réelle pour toute startup dépendant d'un accès fiable au réseau.
L'accès au financement
Les mécanismes de capital-risque local sont quasi inexistants. Les jeunes entreprises dépendent largement de subventions, de programmes de bailleurs internationaux ou de leurs fonds propres pour démarrer — un frein classique, mais particulièrement prononcé dans l'archipel.
La fragmentation
Les structures d'appui à l'entrepreneuriat sont encore peu nombreuses et gagneraient à être davantage coordonnées, à mutualiser leurs services et à professionnaliser leur accompagnement. Un constat que partagent les organisations qui les soutiennent.
La taille du marché intérieur
Elle pousse structurellement les entrepreneurs comoriens à penser régional ou international dès la conception de leur projet — ce qui suppose des compétences supplémentaires en export, en certification qualité et en stratégie commerciale.
Des opportunités bien réelles
Ce diagnostic ne doit pas occulter les atouts spécifiques du pays.
Position maritime stratégique — au carrefour de l'Afrique australe, de Madagascar et de l'océan Indien, avec un potentiel sous-exploité dans l'économie bleue : recherche halieutique, biotechnologies marines, zone économique exclusive de 160 000 km²
Tourisme en forte croissance — les Comores ont intégré le top 10 mondial de la croissance des arrivées touristiques en 2019, ouvrant des opportunités pour des startups dans l'hébergement, l'écotourisme et les services numériques associés
Valorisation des ressources locales — épices, produits de la mer, cosmétique naturelle : un gisement directement soutenu par les programmes d'accompagnement en cours, avec l'ambition de faire émerger une offre exportable à plus forte valeur ajoutée
Numérique actif — des startups comoriennes émergent dans l'e-commerce, l'edtech et les services applicatifs, portées par une jeunesse connectée et une diaspora qui constitue un relais naturel vers les marchés extérieurs
"Les briques institutionnelles existent, les premiers incubateurs ont fait leurs preuves, et les bailleurs internationaux manifestent un intérêt soutenu."
Un potentiel encore à concrétiser
L'écosystème d'innovation comorien est à un stade que l'on pourrait qualifier de formatif. Ce qui reste à construire, c'est la mise en cohérence de ces initiatives, le renforcement des mécanismes de financement local et l'amélioration continue de l'infrastructure numérique.
Trois leviers sur lesquels la plateforme nationale de l'innovation TRAYA entend jouer un rôle fédérateur — en donnant de la visibilité aux acteurs existants et en facilitant les connexions entre porteurs de projets, investisseurs et structures d'accompagnement.
Retrouvez l'ensemble des acteurs de l'écosystème comorien dans l'Annuaire TRAYA, ou explorez les programmes d'accompagnement ouverts à la candidature.